Matin brun
18 juin, 2008
Je suis de près ce qui se passe dans le monde de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche ce dernier temps. (Je n’en écris pas, il y a tellement de sites d’information sur ces sujets.) Je suis scandalisé de voir cette transformation brutale, imposée par des mandarins dont le seul souci semble être la quantification de tout et le contrôle absolu. Tout ce pilotage de plus en plus serré, fabriqué uniquement par des membres nommés par le Ministère. Le rapt de la Recherche, enlevée des mains des chercheurs. Et pourtant, ce qui m’étonne le plus, c’est le silence.
Le silence dans les bureaux et les couloirs de mon labo. Unité Mixte de Recherche, ce qui veut dire que le nouveau paysage du CNRS nous touche directement. Personne n’en parle. À part quelques mails rassurants et vagues venant d’en haut, présentant les choses comme si elles étaient déjà accomplies — ce qui n’est pas loin de la réalité, bien sûr ! Mais je me demande si on les lit finalement.
J’essaie de comprendre pourquoi en tant que groupe on se comporte de cette façon. L’Euro 2008 est-il vraiment plus important que la future démolition (c’est pour demain, déjà !) du CNRS ? Peut-être on pense que tout ça ne nous concerne pas. Ou, pire, que cela nous arrange. On a peut-être la chance de travailler sur des thématiques « à la mode ».
On s’est vite adapté, c’est vrai, à tout. Les projets ANR sont arrivés, le fric aussi ;ça rend la vie plus simple. Les post-docs ANR ont commencé à peupler nos bureaux : des collègues de passage, qui enchaînent les CDD recherche, sans pouvoir trouver un poste dans leur spécialité. On en profite. De cette main d’œuvre accessible, sans la lourdeur des concours et la chasse aux postes. Tout ce qu’on lit dans la Presse, vécu de près, au quotidien.
Du coup, on ne proteste pas. On suit. On applaudit, même. On dirait que c’est stimulant de suivre les ordres de l’ANR. Maintenant on fait ceci, demain on regardera cela. C’est la vie. On essaie aussi d’adapter les thèmes imposés à notre goût. Parfois on y arrive. Pourquoi s’y opposer donc ? Tout va bien pour nous, on est même dans le dernier numéro de L’Express, dans « la liste secrète » des meilleurs labos, classés A+. Et si les autres ne s’en sortent pas, tant pis pour eux.
Mais un jour, on se réveillera.
Et ce sera un matin brun. Une très mauvaise surprise…
Et surtout, ce sera trop tard.
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