C’est quoi un « bon » enseignant (aujourd’hui) ?
13 février, 2008
C’est une des questions que je me pose depuis quelques années. Et la réponse, il me semble, et bien différente aujourd’hui de ce qu’elle était il y a quelque temps… Donc, exit les vieilles idées ringardes, regardons la situation en face.
Un bon enseignant à l’Université, et peut-être ailleurs, doit pouvoir créer de la connaissance chez des étudiants qui, tout simplement, ne travaillent pas. Il dispose pour cela de quelques heures de cours, travaux dirigés ou travaux pratiques. Il s’agit là du temps de cerveau humain disponible qui lui est imparti… mais à part ça, presque rien. Le travail actif des étudiants, celui qui fixe les informations dans le cerveau, est globalement absent. Il a été remplacé par un zapping intellectuel (pardon pour le terme « intellectuel », il est un peu déplacé).
Le bon enseignant doit accepter le fait que les étudiants arrivent (en cours, td ou tp) sans la moindre préparation, sans la moindre révision des séances précédentes. Qu’ils arrivent, le jour du contrôle, sans même avoir consulté les anciens sujets corrigés (corrigés par le prof, qui crée la version officielle des fameuses « archives », disponibles en ligne !) malgré toutes ses incitations. Qu’ils ne lisent même pas l’énoncé du contrôle dans sa totalité. Qu’ils ne savent plus raisonner, tout simplement. Et qu’ils viennent, après la diffusion des notes, consulter leur copie et se plaindre, sans avoir lu (non, toujours pas) la correction du contrôle, mise entre temps en ligne.
Le bon enseignant doit donc accepter tout ça et continuer à distribuer des points de façon généreuse. Sinon, sa moyenne risque (?) de ne plus être « bonne ». Ce qui signifie, bien évidemment, que c’est le prof qui n’est pas « bon ». Car les étudiants, il faut pas y toucher. Publiquement et officiellement, au moins.
Pendant toute l’année, on est tous (les collègues) d’accord dans les couloirs que « cette promo [seulement celle-ci ?] ne bosse pas », mais le jour des résultats, la moyenne (quel critère crétin !) tourne toujours autour des chiffres habituels ; qui parle de suite dans les idées ?
Tout ça nous ramène bien sûr à ce texte incroyablement sincère que j’ai découvert récemment : Nous sommes tous des menteurs. (À lire absolument !) Et à cette phrase finale qui glace le sang mais qui est confirmée de façon constante, au quotidien :
Nous [tous !] les [les jeunes] avons laissés grandir inintelligents.
N.B. : Pas tous les jeunes, j’espère (encore).
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