Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy a dévoilé sa conception intime de la Recherche, dans un contexte « rien à voir », donc fortement révélateur. (VDM ?)

Je parle bien sûr de la remise du rapport de la commission Copé sur l’audiovisuel (pour « une nouvelle télévision publique », l’intitulé exact). Parmi ses arbitrages (j’adore ce mot, il est tellement politiquement correct…), il a annoncé la nomination du PDG de France Télévisions par l’exécutif. « Comme pour les autres entreprises publiques », a-t-il justifié.

Revenons à ce qui se passe depuis quelques années dans le monde de la Recherche française. On a la direction du CNRS, de l’ANR, de l’AERES, ainsi que des futurs instituts du CNRS (après son découpage programmé) qui sont (ou seront) nommées directement par… l’exécutif. Comme pour les autres entreprises publiques ?

La fin du semestre d’été correspond à la deuxième période des soldes de l’année. Pour les enseignants-chercheurs, ce sont des soldes « à l’envers ».

Personnellement, je suis assez radin : je tourne autour de +20 % pour le contrôle final, mais je me débrouille plutôt bien avec les différents cadeaux, les bonus, les non-malus et autres trucs de marketing. Ça peut monter ainsi jusqu’à +25 %. Au bout du compte, tout le monde est content. J’ai une moyenne « présentable » (entre dix et onze, quand même…), obtenue par des étudiants qui, entre nous, ne travaillent pas, mais on fait comme si rien n’était.

Et après il y en a d’autres, plus généreux. Je connais des collègues qui notent directement sur trente et donnent à la fin les notes sur vingt, sans les convertir ! Cela représente, mine de rien, une super-promo de +50 % !

Très intéressant tout ça, mais il faudrait peut-être commencer à copier des techniques plus élaborées, histoire d’avoir un pas d’avance dans la course du marketing des notes. À quand les stages Carrefour pour les enseignants–chercheurs ? Des points fidélité et autres astuces ? Toutes les idées sont les bienvenues.

Albert Fert, prix Nobel de Physique en 2007, a donné un entretien à L’Express (« Albert Fert “J’ai honte de la misère des universités” ») en avril 2008. C’est le passage sur la charge d’enseignement qui m’intéresse ici :

Les enseignants-chercheurs, trop chargés d’enseignement et de tâches diverses, ont bien du mal à rester dans la course, notamment dans des domaines de haute technologie qui exigent un investissement en temps considérable. J’avais trois fois moins d’enseignement au début de ma carrière, et cela a été essentiel pour ma recherche !

Rien de neuf (Fert et Brézin disaient la même chose dans Le Monde il y a quelques mois ; j’en parle dans « Les chercheurs et les enseignants-chercheurs ») mais Albert Fert a résumé en deux phrases le problème de fond de l’Université : les enseignants-chercheurs n’ont pas le temps de faire la recherche ! Donc…

Dans mon agrégateur préféré, je suis les évolutions sur quelques dizaines de blogues. C’est très pratique ces fils de syndication (RSS), ils vous avertissent automatiquement des nouveautés. Tous ?

Tous sauf un… Abonnez-vous au fil RSS du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Vous verrez régulièrement revenir sur le devant de la scène, comme s’ils étaient nouveaux, des billets datant de plusieurs jours, semaines ou mois, alors que vous les aurez lus entre temps. Le tout, de façon aléatoire mais fréquente.

Peut-être que Madame Valérie Pécresse, la Ministre, aime nous servir des plats réchauffés, des vieilles idées ; je n’en sais rien. En tout cas, un tel exemple (unique !) de mauvaise utilisation de la technologie, surtout venant d’un Ministère « de pointe », ça fait peur.

Finalement, on ne s’étonne pas du reste.

Matin brun

18 juin, 2008

Je suis de près ce qui se passe dans le monde de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche ce dernier temps. (Je n’en écris pas, il y a tellement de sites d’information sur ces sujets.) Je suis scandalisé de voir cette transformation brutale, imposée par des mandarins dont le seul souci semble être la quantification de tout et le contrôle absolu. Tout ce pilotage de plus en plus serré, fabriqué uniquement par des membres nommés par le Ministère. Le rapt de la Recherche, enlevée des mains des chercheurs. Et pourtant, ce qui m’étonne le plus, c’est le silence. Read the rest of this entry »

La science étouffée

18 juin, 2008

Michel Saint Jean, physicien, directeur de recherches au CNRS, a écrit un magnifique texte, intitulé « Ceinturée, corsetée, flagellée : la science étouffée ! », sur les récentes évolutions du paysage de la Recherche.

Chaque année, depuis sa création, l’ANR lance un appel à projets non-thématiques « Jeunes Chercheurs ». Ça a l’air tentant, ça faisait (lapsus ?) partie de ma liste d’objectifs. Pourquoi pas ?

Le témoignage d’un « jeune chercheur » m’a offert un autre point de vue. Une description triste de la réalité (c’est plutôt la réalité qui est triste, si je veux être précis), vue par un jeune chercheur en sciences humaines et sociales. À lire.

Et maintenant (20 juillet 2008) l’envers du décor : Alain Guénoche nous livre son petit guide « l’ANR pour les nuls ». Du côté de l’expert.

Leur travail

10 juin, 2008

La fin de l’année approche, la tension monte (encore…) et la déception nous guette. À quelques heures du contrôle final, j’ai osé demander aux étudiants combien de temps ils avaient passé à travailler dernièrement. L’incompréhension initiale a été suivie par des rires francs et résonnants. J’ai dû louper quelque chose.

(Avec tout ça, cela fait un très long moment que je n’ai pas écrit ici ; ça me manque.)

Academic pride 2008

26 mai, 2008

Demain, mardi 27 mai 2008, aura lieu la première Academic Pride en France. L’occasion d’exprimer notre fierté d’exercer ce(s) métier(s), beau(x) et difficile(s). À Paris et ailleurs, mais pas dans ma ville :-(
J’aurais bien aimé marcher un peu…

Quelques extraits issus du « Regard d’Albert Jacquard » du 23 avril 2008 (sur France Culture).

[...] Il est vrai que, montrer aux jeunes en quoi consiste l’activité des organismes de production et du commerce, fait partie de l’information qui leur est nécessaire ; leur regard doit pouvoir pénétrer dans ce monde qui leur semble à la fois fascinant et inquiétant. Il faut donc que l’information leur soit fournie.

Mais pour autant, il serait trompeur de leur proposer de calquer les modes de fonctionnement des entreprises pour organiser l’enseignement. Les objectifs sont totalement différents, les contraintes également.

Le plus grand danger de cette ouverture [de l'École sur l'entreprise] est que le monde de l’entreprise considère le système éducatif comme le fournisseur de la ressource dont elle a le plus besoin, la ressource humaine, et qu’il intervient pour que cette ressource soit calibrée en fonction de ce besoin. [...] [C]ette intrusion de l’entreprise dans le système éducatif détourne celui-ci de sa vocation. Cette vocation n’est pas de procurer à la machine économique la ration d’énergie humaine, de savoir-faire, d’intelligence dont elle a besoin. [...] L’entreprise est au service des métabolismes d’une société. Le système éducatif est au service de la construction des personnes qui formeront cette société.

Merci, M. Jacquard, pour ce texte réjouissant. Une bouffée d’air frais ! Un discours dont les grandes lignes se transposent aussi à l’enseignement supérieur.