On commence à se réveiller. Après la lutte contre le projet de décret sur les statuts, on voit finalement la LRU qui se cache derrière, cette loi passée en mois d’août 2007, sans trop de réactions. Une loi qui est venue à petites doses, dont un des décrets d’application (sur les statuts) a provoqué l’explosion de colère dans le monde de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. La coordination nationale des universités a demandé aujourd’hui, pour la première fois, l’abrogation de la loi « relative aux Libertés et Responsabilités des Universités » (en parfait novlangue ! comme si avant la LRU on était des esclaves irresponsables).

Soudainement, on distingue derrière la LRU la procédure de Bologna et la stratégie de Lisbonne. Le marché européen de la connaissance. L’OCDE et sa position de considérer le savoir comme une marchandise. On commence à regarder loin.

Pour la première fois aussi, je vois un début de coordination européenne contre cette vision désastreuse. Le collectif SLR a lancé un appel il y a quelques jours « Projet Européen : Nous ne voulons pas d’un « marché de la connaissance » en Europe ! ». Tâche complexe et difficile. Mais il faut passer par là. Ça prendra du temps, mais… soyons réalistes : demandons l’impossible.

En attendant, voici un livre qui retrace de façon minutieuse l’histoire et l’origine de toutes ces réformes, de ce changement de paradigme, de cette irruption du marché dans le savoir : « À vos marques®, prêts… cherchez ! La stratégie européenne de Lisbonne, vers un marché de la recherche » d’Isabelle Bruno, Maître de Conférences en science politique. Absolument nécessaire si l’on veut comprendre ce qui nous arrive…

Parce que « l’Université n’est pas une entreprise et le Savoir n’est pas une marchandise » (mais ça viendra, si ce n’est pas encore fait !).

Capture écran site AERES, 10-2-2009

Capture écran site AERES, 10-2-2009

Ça alors ! Ils ont découvert l’auto-référence à l’AERES, ou quoi ? Gödel vit parmi nous ? « Présentation de la rubrique présentation »… Une des meilleures traductions de la bureaucratie en langage. Attention, trop de Qualité nuit à la santé ; à consommer avec modération (ou modulation, je ne sais plus).

De l’autre côté, le Président de l’AERES a l’air d’aimer les phrases compliquées à la limite (?) de l’incompréhensible (écouter les extraits). Donc, à présent, la présentation de cette rubrique de présentation se présente plutôt bien en sa présence.

Le comble : cet article de présentation est rédigé presque trois (3) ans après la création de l’Agence…

Mais, qui évaluera nos évaluateurs ? (bis).

Chère V.,

Je suis vraiment touché par ta déclaration publique de ce matin. Tu sais, je ne pouvais pas être avec toi au moment où tu m’as adressé cette belle phrase, mais je n’étais pas très loin non plus. En tout cas j’étais dans la rue. Je pensais à toi, très fort, toute la journée. Je criais ton nom, dans les rues de Paris. Il y avait du monde, beaucoup de monde, j’ai l’impression que c’étaient des rivaux. Il me semble que tu leur as adressé le même message de tendresse mais ne t’inquiète pas, j’arrive à gérer ma jalousie.

Sauf que, voilà, je ne sais pas trop comment te le dire… En plus, dans quelques jours c’est la Saint Valentin. J’aurais bien aimé être à tes côtés, la main dans la main, te rendre heureuse… Seulement, comment t’expliquer sans te blesser, euh, tu mérites mieux que moi. Je ne suis qu’un enseignant-chercheur à l’Université : mauvais, archaïque, immobiliste, partisan et conservateur. Mal payé pour mon niveau de qualification (ta vie avec moi serait dans la misère) alors que je travaille du matin au soir, en fin de semaine et souvent pendant les vacances (on se verrait très peu et j’aurais toujours du travail à la maison). En ce moment tu ne veux pas voir mes défauts, mais il suffit de demander autour de toi, tu trouveras au moins une personne capable de t’ouvrir les yeux et te dire la vérité sur moi.

S’il te plaît, n’insiste plus. C’est fini entre nous, tu le sais. Essaie de comprendre et continue ton chemin. Tu dis qu’« il n’y a pas d’amour sans preuve d’amour ». Je laisse Aragon te répondre :

Il n’y a pas d’amour qui ne soit douleur.
Il n’y a pas d’amour dont on ne soit meurtri.
[…]
Il n’y a pas d’amour heureux.

Affectueusement,
E-C

Nicolas Sarkozy a utilisé (au sens propre du terme) le nom d’Axel Kahn pendant l’interview télévisée, jeudi dernier (j’en parle dans Sarkozy, Kahn… et Fert : le mensonge par omission). À peine deux jours plus tard, le président de Paris 5 a changé sa position ! Read the rest of this entry »

Le Cap Nègre (83)  photo de mooz

Le Cap Nègre (83) ; photo de mooz

J’ai regardé, médusé, le discours de Nicolas Sarkozy du 22 janvier sur la Recherche et l’Innovation. Non, il ne suffit pas de le lire, il faut absolument le regarder pour voir le mépris, l’ironie, la provocation et un certain état d’allégresse qui m’a rappelé la fameuse conférence de presse au G8

D’un air décontracté et destructeur, le Président attaque, insulte, infantilise, démolit. Ment. Pourquoi un tel acharnement ? Quel traumatisme se cache derrière ? Quels motifs ? Read the rest of this entry »

Dans son interview télévisée du 5 février, le Président a parlé du soutien de la part d’Axel Kahn, président de Paris 5, « engagé à gauche comme chacun le sait », au projet de réforme de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

Curieusement, le Président a « oublié » de parler du non-soutien (!) d’Albert Fert (dont il utilisait le nom à chaque occasion jusqu’à présent) dans une tribune co-signée avec Bruno Chaudret, Yves Laszlo et Denis Mazeaud. En voici quelques extraits :

Depuis des mois, le gouvernement proclame sa volonté de réformer le système de l’enseignement supérieur et de la recherche pour le hisser au meilleur niveau mondial.

De nombreux représentants de la communauté scientifique, parmi lesquels des signataires de ce texte, ont manifesté un grand intérêt pour ce projet et ont proposé de nombreuses pistes de réflexion. Le ministère les a pieusement écoutés pour ensuite ne tenir aucun compte de leurs suggestions et remarques. Et les orientations finalement retenues, souvent en contradiction avec le but affiché, sont extrêmement préoccupantes. Read the rest of this entry »

L’Académie des Sciences a publié un communiqué virulent (entre les lignes) après le discours méprisant du 22 janvier de Nicolas Sarkozy.

L’Académie des sciences s’inquiète du risque de démobilisation des jeunes chercheurs

L’Académie des sciences souhaite faire état de la vive émotion soulevée parmi ses membres par l’appréciation portée récemment sur l’état de la recherche scientifique dans notre pays, en référence à la concurrence internationale. S’il n’est pas contestable que certains secteurs de la recherche connaissent d’importantes difficultés, justifiant des réformes dont l’Académie elle-même a depuis longtemps souligné la nécessité, ceci ne saurait être retenu comme représentatif de la situation générale. Les études bibliométriques les plus récentes témoignent en effet que, dans de nombreuses disciplines, la recherche française se place dans les premiers rangs de la recherche mondiale. L’ignorer serait non seulement injuste, mais aussi gravement démobilisateur pour les jeunes récemment engagés dans la recherche, ou qui s’apprêtent à le faire. L’Académie souligne que la disparité d’appréciation de la recherche traduit les grandes difficultés d’une évaluation objective de domaines scientifiques très différents : ce sujet fait l’objet de sa part d’une réflexion approfondie, dont elle fournira les conclusions dans les mois qui viennent.

Et encore, il y a le mépris total que la Ministre a réservé au rapport Hoffmann (de l’Académie des Sciences) et à ses propositions…

De retour

7 février, 2009

Après deux mois loin du blog (trop de travail, malgré les vacances), je suis de retour. Comme chaque fois, je constate que ça me manque.

De retour alors dans une période très agitée. L’immense mécontentement, présent sur les blogs depuis des mois, se trouve maintenant dans les rues, exprimé dans les amphis et les salles de TD. Il était temps. Je fais ce que je peux contre cette politique désastreuse et je suis heureux de constater que finalement, même du côté de chez moi, ça commence à bouger.

L’autre usage de l’ENT

2 décembre, 2008

Les Environnements Numériques de Travail (ENT) sont proposés un peu partout maintenant dans les Universités. Alors que ce sont des outils de travail fascinants, j’avais une petite suspicion quant à une éventuelle utilisation de « flicage ». Dans l’article « «  Les ENT : gadgets ou vrai plus ?  » : compte-rendu de la conférence d’Educpros sur le salon Educatec » il y a un passage étonnant :

« Les enseignants sont beaucoup plus ouverts aux nouvelles technologies qu’on pourrait le penser, se réjouit Pierre Danel, le délégué TICE-DATICE de l’académie de Clermont-Ferrand. Et ils travaillent beaucoup plus que ce qu’on croit : nous avons beaucoup de connections sur les ENT le soir tard, la nuit ou très tôt le matin. »

Oups ! donc il y a des gens qui regardent notre façon de travailler grâce à ce truc, et non seulement notre travail. Ça me rappelle un peu (un tout petit peu, il faut garder les proportions) les techniques utilisées dans les call-centers

Vite, il faut créer un nouvel indicateur basé sur l’ENT et donner, en fonction, des primes d’excellence aux meilleurs !

Ceci n'est pas une chair(e)

Au début, elles s’appelaient « chaires d’excellence ». On les trouvait partout dans tout ce matraquage médiatique lancé par notre Ministère à la rentrée, avec « l’excellence » comme mot d’ordre. Elles seraient destinées aux meilleurs Maîtres de Conférences de ce pays. Dans le Figaro du 16 octobre (« Pécresse : « Mettre fin à la fuite des cerveaux » »), Madame la Ministre racontait, avec tambours et trompettes :

Pour éviter la fuite des cerveaux vers les laboratoires étrangers, nous distinguerons les 130 jeunes enseignants-chercheurs les plus prometteurs en leur offrant une chaire de cinq ans dotée d’une prime annuelle (de 6 000 à 15 000 €) et d’un capital pour leurs recherches (de 50 000 à 100 000 €).

Le site du Premier Ministre, reprenant l’essentiel de cet entretien, parle aussi d’une « distinction pour « les 130 jeunes enseignants-chercheurs les plus prometteurs » ».

Je n’étais pas le seul à me demander comment c’était possible de choisir les 130 jeunes enseignants-chercheurs les plus prometteurs parmi tous les… primo accédants (plusieurs centaines chaque année !) dans des disciplines extrêmement variées. Read the rest of this entry »